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Un éditeur, ça se définit par son catalogue.
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In On
vous parle de Paris : François Maspéro
ISKRA
(Image, Son, Kinescope et Réalisations Audiovisuelles, "
étincelle " en russe), société indépendante
de production et de diffusion, c’est aujourd’hui un
catalogue de plus de 160 films.
ISKRA,
c’est à l’origine l’histoire de Slon (Service
de Lancement des Œuvres Nouvelles, " éléphant
" en russe) . Et " Slon est né d’une évidence
: que les structures traditionnelles du cinéma, par le rôle
prédominant qu’elles attribuent à l’argent,
constituent en elles-mêmes une censure plus lourde que toutes
les censures. D’où Slon, qui n’est pas une entreprise,
mais un outil – qui se définit par ceux qui y participent
concrètement – et qui se justifie par le catalogue
de ses films, des films QUI NE DEVRAIENT PAS EXISTER ! "
Ce Manifeste
qui date de 1971, trois ans après la fondation de la coopérative
(née pour produire Loin du Viêt-Nam et À bientôt,
j’espère, deux œuvres collectives menées
par Chris Marker), trente ans après ISKRA peut toujours le
revendiquer – même si les conditions de la lutte ont
évolué. Après tout, les sources de la production
et les canaux de diffusion sont-ils maintenant plus ouverts à
la différence, à la contestation salutaire, à
la projection de vérités soigneusement enfouies ?
Ne s’agit-il pas en 2002, encore avec des images et des sons,
de " témoigner, favoriser la réflexion, donner
la parole à des groupes minoritaires, en difficulté
ou en conflit ", en un mot affirmer pour tous un droit inaliénable
à l’image ? Ne s’agit-il pas, hier comme aujourd’hui
(et demain aussi, tant que l’oppression demeure), de faire
chambre d’écho aux luttes de Besançon et de
Santiago du Chili, de rendre compte de situations critiques au Val
Fourré, dans les campagnes françaises, au Liban ou
à l’usine Moulinex de Mamers, de fonctionner comme
haut-parleur (" … on ne peut pas lutter à voix
basse… ") pour dénoncer les scandalesb du nucléaire
ou du distilbène, de servir de refuge et de chambre noire
à des expériences sans équivalent dans le cinéma,
toujours à découvrir pour ne pas désespérer
d’un art si souvent détourné et domestiqué
: Le Moindre Geste de Fernand Deligny, Josée Manenti et Jean-Pierre
Daniel exemplairement, mais aussi Lettre à mon ami Pol Cèbe
de Michel Desrois et Le Traîneau-Êchelle de Jean-Pierre
Thiébaud, deux films aux confins du cinéma militant,
émanations singulières des " Groupes Medvedkine
", fruits sans précédents d’une greffe
réussie entre une structure de production parisienne et des
cinéastes-ouvriers de province.
Loin
de l’humanisme de salon mais developpant une logistique à
taille humaine adaptée aux réalités mouvantes
du terrain, filmant en 16 mm et en vidéo, plus pragmatique
que dogmatique, Slon-ISKRA part toujours d’un état
du social et du politique, chaque sujet inventant alors la forme
qui lui convient, celle que le sujet exige. Car ISKRA (influence
originelle de Marker ?) a ceci d’original qu’elle considère
l’esthétique comme une politique, la forme comme une
nécessité et une force. C’est ce point de vue
documenté sur les choses qui signe les films-ISKRA et laisse
une trace dans les esprits, c’est cette ouverture qui donne
les contours du catalogue, c’est cette exigence qui en fait
la valeur. Au générique du Fond de l’air est
rouge, Marker rend hommage aux " innombrables cameramen, preneurs
de son, témoins et militants dont le travail s’oppose
sans cesse à celui des Pouvoirs, qui nous voudraient sans
mémoire. " Ce travail, depuis le début, c’est
aussi celui d’Iskra.
Bernard
Benoliel
"Entre Vues",
Festival
de Belfort 2002
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